Mercredi 30 mai 2007
publié dans : Une gifle au goût du public

Salut Céline

Je viens d’apprendre par Romain, qui s’est bien aimablement confié à moi, que tu t’étais rendue à Paris ce week-kend, pour apporter un peu d’aide à une de tes amies déprimée . Nonobstant cette fort louable attitude je suis chagriné que tu ne m’en aies averti en aucune façon, alors qu’apparemment Romain lui a été tenu au courant. Etant avertie de ma jalousie je trouve que tu as été maladroite et à vrai dire je suis très véxé. Et comment pourrait il en être autrement après tout ? En fait, tout ce préambule qui essaye de donner une raison nouvelle à mon aigreur est inutile et empli de mauvaise foi. J’avais déjà décidé depuis la dernière fois où nous nous étions parlé de cesser tout contact avec toi, estimant que tu n’en valais après tout pas la peine. Tu as sans doute raison j’avais du mal lire le contrat au tout début, et je m’en rends compte (seulement) aujourd’hui, d’où sans doute une bien compréhensible déception. Enfin de contrat il n’y a plus, cette lettre sera ma dernière, je pense que tu n’y répondras pas et je doute que l’on se reparle ou que l’on se revoit. Et au fond tout en tapant ça et en essayant de donner un certain air solennel à mes propos, au fond je sais que tu n’en as rien à faire. Sache bien que cela m’attriste, et je ne veux pas dire par là que tu penses des méchancetés à mon encontre, je pense seulement que je te suis complètement indifférent et moi… moi je ne peux pas accepter une telle relation, complètement bouchée dans les deux sens. Dans ce que je vais dire par la suite je ne pense pas être exempt de tous reproches mais, je crois avoir remarqué que nos rapports sombraient peu à peu ( avaient ils déjà pour vrai dépassés ce niveau, la question à mon avis est ardue…) dans une nullité sans nom. Ton apathie, ressemblant sans doute beaucoup à la mienne, m’apparaît désormais comme la démonstration d’une indifférence moqueuse à mon égard, d’un profond ennui et d’un désintêret total. Et je ne vois pas pour quelles raisons je devrais m’en satisfaire et notamment quand semble t-il certains autres sont bien mieux lotis que moi… Comme quoi finalement je me découvre comme un genre de fierté, fierté très mal placée évidemment, le genre de fierté qui se fout le doigt l’œil et de plein gré, alors que je croyais en avoir été dépossédé de toute once depuis longtemps et certains évènements. Bref j’ai beaucoup discuté avec Romain, je suis je crois resté poli et ne développerai pas notre dialogue parce que mon idée à son sujet… ça ne m’intéresse pas de te la livrer, et je pense que tu te fiches de l’entendre puisqu’elle ne t’influencera jamais en rien malgré tout ce que tu dis. Je lui ai dit que je te détestais, que tu m’avais énormément déçu sans lui dire la raison, que j’allais cesser séance tenante tous contacts physiques, épistolaires ou téléphoniques avec toi. Et je crois n’avoir pas trop menti en disant ça ni en avoir rajouté. Tu as remarqué que pour une fois cette lettre n’est pas manuscrite, et que donc je ne suis pas dans le salon ( et de toute façon il est bien tard et ma maman dormant dedans je ne m’y serai pas rendu) mais dans ma chambre, sur ma chaise, le clavier sur les genoux. Ecrire cette lettre maintenant, et si vite que je ne me suis pas même laissé le temps de prendre une feuille et un stylo pour écrire ( et puis je n’en avais ni l’envie ni le courage ) m’a paru comme la seule chose à faire tant le besoin de te parler ou plutôt de pouvoir une fois de plus te hurler mon incapacité à évoluer de façon sensée dans le monde social m’a semblé impératif et le besoin de passer à l’acte a vite été impérieux (oueeeehhhh j’ai casé impérieux. ). Et ainsi me voilà, presque en écriture automatique et en train d’écrire une missive qui ne sera vraisemblablement jamais envoyée parce que jugée en ce moment même complètement ridicule. Ce n’est pas vraiment ça que j’aurais aimé t’écrire en lettre d’adieu, j’aurai voulu quelque chose de plus beau, de plus triste, de plus réfléchi, et pas ce torchon d’impulsions et d’émotions mal controlées. Et pourtant, je compose, persuadé que sinon je ne t’écrirai sans doute jamais plus rien car l’état de léthargie dans lequel je me trouve me prive du luxe d’envisager réaliser une quelconque action, aussi petite soit elle. Aussi je pense, mais cela certainement plus de façon inavouée, que je ne serai sûrement jamais capable de rédiger quelque chose de mieux, et que même ma composition du moment n’est vraiment pas si mal et que je devrais faire plus que m’en satisfaire ( et là je souris bêtement car je suis en train de m’en persuader…)….Parenthèse qui ne m’empêchera pas de pousser mon idée jusqu’au bout, et finir par déclarer que je pense être dépourvu de tout, oh à présent même je suis écoeuré à l’idée de prononcer ces mots, talent ou de toute qualité. En vérité je me considère précisément bien mal, et je contemple aujourd’hui le résultat d’une semaine de très mauvaise humeur… J’ai perdu cette semaine trois amies, et beaucoup d’espoir avec, mais je crois ( d’après ce que m’a dit euh….Aurélio ! un ami malgache d’un autre ami) que l’espoir ne fait vivre que les imbéciles alors c’est peut être un mal pour un bien. [ Car oui après tout, depuis ce terrible constat de ma vie relationnelle en lambeau j’ai avalé trois cachets de paroxétine et je n’ai pas fumé ni bu de bières de tout le jour (ce qui doit être considéré comme une première depuis l’état de grève dans lequel se trouve mon université depuis maintenant plus d’une semaine) , je me suis fait deux amis et suis allé à un concert que j’ai vite quitté car la musique était trop forte quoique rythmée à mon gout et le chanteur mauvais. Tout ça c’était hier. ] Je ne regrette rien qui plus est, alors peut être devrais-je abandonner ce ton plaintif qui me caractérise trop souvent je crois (et je crois aussi que ce doit être insupportable ! ) ; je ne regrette rien et pour cause, l’ouvrage de destruction entrepri depuis globalement sept journées n’est pas encore achevé ! Pour preuve cette lettre que je suis en train d’écrire, dernière pièce de l’édifice bien bancal qui te concerne ou encore la discussion qui aura lieu j’en suis sur avec Amadea, dès son retour à Nantes dimanche soir ou lundi matin. Ce sera véritablement un plaisir d’enfoncer le clou, de perdre pour de bon quelqu’un qui m’est peut être cher, ce serait un plaisir de la voir s’effondrer avant que ce ne soit mon tour, mais pour moi il n’y aura pas de public. Ce sera un plaisir d’agir aussi puérilement en usant de toute mon éloquence scripturale pour me venger d’un tort qui n’est qu’une vue de l’esprit de ma part, un caprice Ouh, en tapant ces dernières lignes, l’inspiration venait à ce point naturellent que je me suis presque vu redoué d’un don particulier, mais le manque de pensées surgissant à nouveau et s’imposant à moi d’une façon de plus en plus précise et claire, je ne peux que chasser ces derniers raisonnements voluptueux ( j’aime particulièrement ce mot et ses diverses déclinaisons) et manger pensivement un des cookies ( le dernier en fait ) que Marie a fait, et a oublié chez moi (Marie est amoureuse de moi je crois, enfin c’est ce que j’ai compris et retenu du nouvel an). J’ai passé la soirée avec mes amis, et la soirée fut parfois agréable. Arthur m’a (fièrement) annoncé qu’il était « un homme » ou bien même « UN HOMME » parce qu’il me l’a dit fortement. Je suis resté silencieux pendant un instant, ce qui a peut être paru intelligent, je croise les doigts, et puis je lui ai dit « Félicitations Arthur » en souriant, alors que j’aurais du dire « J’en ai vraiment rien à foutre, mec. Mais je suis content que tu m’aies fait part de cette chose qui t’a semblé importante. » (car il s’en est suivi un petit débat sur la sexualité des humains durant lequel Arthur a reconnu qu’il était enfin libéré d’une angoisse au sujet de son age qui commençait à être avancé pour quelqu’un obligé de se sentir concerné par l’insulte de Puceau (certainement le Collabo du XXIème siècle ( tu sais que je fais de l’Histoire ?) [ une fois que j’aurai tout corrigé il n’y aura plus sur cette page aucun de ces agaçants petits traits rouge en dents-de-scie mais alors il va falloir que je me relise, bigre c’est un dilemme hum Cornélien. ] ) et j’intègre ce qui a été dit durant cet échange à la réponse que j’aurai du faire à Arthur puisque je n’y pense qu’à l’instant, je suis donc en plein droit de profiter de nouvelles données, surtout que celles-ci concernent le moi psychologique d’Arthur qui est de plus un enfant de divorcés. Mais je crois que je n’aime plus du tout Arthur et je me demande même si je l’ai jamais aimé bien que nous ayons passé des vacances ensemble. Durant ces vacances, un soir où on avait trop bu, mais au fond pas plus que tous les autres soirs de ces vacances, et que nous étions rentrés dans notre appartement de location, Arthur m’avait donné un coup derrière la nuque avec un coussin du canapé sur lequel j’étais assis, paisiblement en train de lire un intéressant article du journal L’Equipe du jour même. Comme j’étais donc ivre, et face à son hilarité ( elle-même réaction de mon manque de réactivité face à cet événement ( surprenant immobilisme peut être, je ne sais pas )) je lui ai dit bien fermement que je trouvais son amusement complètement stupide et que je ne voulais en aucun cas et en aucune façon participer à ses conneries, alors qu’il aille jouer avec ceux qui voulaient mais qu’il m’emmerde pas. Je crois que j’ai du rajouter un ou deux bordel (je trouve que c’est une insulte de personne ayant atteint un certain degré de maturité ). Tout ce récit en fait pour en venir au fait qu’Arthur était au courant de ma répulsion envers ces jeux qui ressemblent fort à ceux des chiens ou autres animaux carnivores et potentiellement chasseurs et qui consistent à se taper dessus en riant, et en bousculant tout au passage. Pourtant ce soir il m’a quand même à nouveau lancé un ballon dans le visage, il s’est après coup vaguement excusé mais à l’intérieur ton héro bouillonait, pourtant il a cordialement dit que ce n’était pas grave, enfin que ce n’était rien, et puis il a du sourire. [ Après réflexion je pense qu’il est possible de faire s’évanouir tout les agaçants petits traits rouge, c’est-à-dire de corriger ( il est plus de cinq heures du matin, je n’ai pas vu le temps passer, j’aime les nuits qui se déroulent ainsi, je suis très content ! vraiment très content, et pas fatigué ! ) sans avoir à relire la lettre. ] Ce que j’aurais aimé faire à ce moment ça aurait été de me battre pour de vrai avec Arthur ( qui est beaucoup plus costaud ou gras que moi) dans la ruelle sur quoi donnait la porte d’entrée de l’endroit où je me trouver et de finir par l’étrangler de mes mains. Et tout le monde aurait compris que je n’aurais fait que faire respecter mon droit à une existence qui me convienne. Enfin on ne réécrit pas l’Histoire ( tu sais que je suis bien placé pour le savoir, pour des raisons personnelles et professionnelles ) et je devrais je suppose vivre avec cette frustration d’avoir une fois de plus fermé ma gueule ( terme qui me semble le seul qui soit adapté à la situation) quand il aurait été juste que je m’exprime. C’est drôle je pense à mes amis, et je me dis que jamais je n’ai été content pour quelqu’un. Les réussites des gens, mes amis compris et en réalité directement concernés par l’appellation gens, m’ont en fait à chaque remplit de déception, de frustration ou d’envie ( à moins que ce ne soit « et »). Je ne sais pas pourquoi, sans doute parce que je viens à peine de réaliser la chose mais ça va sans doute me donner à réfléchir…Je passe vite sur ce sujet car il me semble que j’en ai d’autres à aborder, et je sens petit à petit que le temps presse, je voudrais finir avant que le soleil se lève ( et accessoirement mes parents aussi, qui ne comprendraient pas cette nouvelle nuit blanche). Je pense, je pense…de plus en plus, que je me finirai par me suicider. Cette idée est de plus en plus présente en moi, enfin elle vient me hanter de plus en plus fréquemment, et pendant plus longtemps à chaque fois. Je crois que je suis beaucoup trop dépendant de trop de choses, beaucoup trop incapable de faire le moindre effort ou de prendre la moindre initiative, je crois que mon caractère est beaucoup trop faible, que je suis beaucoup trop faible pour pouvoir survivre une fois que les personnes à qui ma survie entière est assujettie auront disparues, ce qui arrivera fatalement un jour, j’ai bien compris que c’était inévitable ( ma première défaite..). Incapable de me débrouiller par moi même en quoi que ce soit, apeuré par un monde que j’imagine bien trop complexe pour ma personne je finirai par me suicider, je serai bien seul je pense, je pense que personne ne viendra à mon enterrement, peut être ma sœur et puis Pierre. Non Pierre ne viendra pas je crois. Je crois que d’ici là il aura lui aussi disparu de mon paysage…Cette pensée me glace, me terrifie, me renvoit à des souvenirs datant d’un temps qui n’est pas si lointain et qui pourtant est déjà si flou, un temps que je ressens comme ayant filé bêtement sans que j’en profite, sans que je croque quoi que ce soit. Cette sensation d’avoir tout perdu, tout gaché, est insupportable, j’enfonce le clou en pensant qu’on ne le vit qu’une fois, et en regardant les enfants qui ont l’age que j’aimerai avoir. Je me souviens qu’une fois, pour un site internet assez nul que j’avais créé, et qui doit toujours traîner fantomatiquement quelque part sur l’internet, j’avais écrit un poème, seule et unique fois que je m’essayé à cet art que je n’apprécie pas je le jure, sur le sujet que j’avais trouvé assez beau malgré tout. ( C’est bien parce que je ne te dis pas tout de ce que je voudrai, de très nombreuses choses sont oubliées mais je pense à en rajouter de nouvelles par rapport à mes projet, ce qui fait que cette lettre sera malgré tout assez longue, je ne sais pas quelle est la proportionnalité en ce qui concerne la tapage à l’ordinateur et l’écriture manuscrite sur papier scolaire, et je ne me pencherai pas sur la question.) Cette lettre devait aussi, il me semble, celle qui reprendrai les souvenirs et impressions de notre voyage à Amsterdam. Malheureusement il semblerait que j’aie tout oublié de ce périple, sauf certaines sensations et impressions fugaces…J’ai trop tardé pour m’exprimer à ce sujet je le sais bien, et aujourd’hui je ne peux que me contenter de dire que c’était un voyage qui m’a plu, que les réveils et petit-déjeuners, et les coucher me faisaient peur, tout comme les fois où tu partais pour quelques instantsme laissant tout seul, parce que je te trouvais très différente, mais c’était peut être parce que c’était le matin et que tu n’avais pas envie d’être très joviale, peut être comme tout le monde… Je me souviens aussi qu’il y a des moments où l’on s’est quand même bien amusé, des moments qui ont été vraiment bien et qui seront racontables à d’autres gens plus tard, à des gens qui ne te connaîtront pas .Je suis agréablement surpris de la qualité des souvenirs que je peux te proposer, je crois que presque tout y est sauf les choses que le temps et mon ânerie ont effacé, et c’est tant pis pour moi. Tu as dit à Romain qu’on s’était rencontré à la montagne et ce détail m’a beaucoup énervé, surtout je crois venant de lui. Je lui ai répliqué que en dépit de la neige la Hollande, et Amsterdam n’étaient pas vraiment ce que l’on appelait la montagne. Je ne supporte pas que ce type, avec ses pauvres questions et ses médiocres préoccupations…, me parle de ma connaissance Céline, c’est quelque chose contre quoi je ne peux et après tout refuse de me battre. C’est un sentiment que je trouve voluptueux (!), au moins autant que celui de tout détruire. D’ailleurs les deux sont liés, ça me saute au yeux d’un coup. Je sens que la qualité de cette lettre baisse à vue d’œil, je n’irai de ce fait pas plus loin que le premier tiers de cette quatrième page. J’ai aussi écrit cette lettre à l’ordinateur car, pour ma dernière lettre je ne voulais pas t’offrir le plaisir de contempler ma somptueuse calligraphie, ô combien féminine. Mais… je crois en fait que j’ai menti. J’ai menti, tout comme j’ai menti au sujet de ma soirée de ce soir, car ce n’est pas ce soir que j’ai eu envie de me battre et d’assassiner Arthur mais il y a environ deux semaines, ou trois. La soirée de ce soir était juste parfois agréable. Mon second mensonge, au moins dans l’ordre dans lequel je les avoue, c’est que je pense que je te réécrirai. J’espère ne pas te reparler, ni te revoir mais j’espère t’écrire une autre lettre après celle ci, et puis d’autres encore pourquoi pas. J’ai peut être tout dit de ce que j’avais à te dire là, et puis nous verrons bien si mes espérances à ton sujets se concrétiseront. Je parle des lettres, pas de la mort de toi ou Romain qui n’arrivera pas avant très longtemps d’après moi, bien qu’un accident soit si vite arrivé.

Salut, et je signe et je me corrige pas.

J’aurai voulu parler un peu plus de violence !

Physique ou verbale.

C’est bien plus qu’une lettre idiote !

Oui j’ai oublié vraiment beaucoup de choses, c’est désolant, c’est presque décourageant, il va falloir que je résiste à l’envie de reprendre cette adresse à zéro et que je fasse avec ces nombreux trous. Avec cette lettre incomplète !

En fait ce sera ma dernière lettre, tant pis pour les oublis je n’en ai plus rien à faire. Renoncer à mon projet me paraît être un nouveau revers que je ne peux accepter de subir. Je te méprise, tu me dégoutes restez dans vos minables dispositions qu’est ce que j’en ai à foutre, j’ai une faculté d’oubli des choses et des gens insoupçonnable. Et tu sais, je crois que ça n’a jamais été de l’amour mais plutôt l’envie de posséder une personne telle que toi. C’est que tu es. Oui, quand bien même, oui oui oui.

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