On me regarde ou on ne me regarde pas? Ca n’a pas d’importance, ou plutot si, ils sont là, tout autour de moi, à marcher sans me voir mais pourtant je suis sur qu’ils regardent puisque je suis sous leur yeux vicieux et moqueurs et la caractéristiques de ces yeux est de regarder les
gens comme moi. Ca fait déjà longtemps que je reste immobile comme planté sur le trottoir tel un poteau dont j’envie l’existence passive, il est temps d’avancer, je vais finir par attirer
l’attention d’autant que je sens que ça monte il ne faut pas que je traine. Je regarde par terre, mes petites chaussures, mes petits pieds
timides, déchirées. Le trajet qui m’attendme semble être à chaque fois un nouveau parcours semé d’embuches. Le cheminement est habituel pourtant mais la difficulté majeure reste encore les
individus qui vont environner ma marche. Ils sont là, à chaque pas, ils me fixent sans doute, je ne sais pas, je n’ose pas regarder, je continue d’avancer les yeux juste assez levés pour voir
devant moi et éviter ainsi un choc avec un objet ou pire avec une des créatures qui déambulent avec moi dans la rue. Ca continue, je marche, j’évite de regarder les vitrines des magasins de peur
de me voir car je sais qu’à cet instant fatal je comprendrais pourquoi les gens sourient puis rient à mon passage, et je les approuverais car il faudrait être totalement dénué
de sens pour ne pas se moquer de moi. Ils ont raison, je suis comme ça et ce n’est que justice qu’ils réagissent de la sorte, c’est une fin
impliquée par le commencement et tout est de ma faute, j’aurais pu être différent ou au contraire semblable aux autres, mais non et puisque je suis ainsi alors je subirais ces regards que je ne
vois pas, qui sûrement n’existent pas et qui me font encore plus mal que si l’on me rouait de coups à la place. J’ai traversé la rue, faisant attention à passer au milieu du passage clouté en me
fondant dans la cohue tout en évitant toutefois de me laisser entrainer par la foule et de trébucher ainsi sur les clous, je sais qu’au moins durant ce bref moment je suis camouflé et personne ne
peut me voir, et je suis passé devant la faculté ( ou un quelconque autre organe inefficace de l’éducation nationale, je déteste passer devant ces bâtisses dont ce qui tient lieu de parvis est
continuellement noir de populasse ), il y avait quantité de jeunes d’un ou deux ans de plus que moi à peine, j’ai baissé les yeux chavirant ainsi dans la contemplation de mes chaussures que j’ai
immédiatement trouvé moches et dignes d’êtres conspuées publiquement, quant au bas de mon pantalon on n’eut pu trouver plus ridicule mais quand bien meme j’ai avancé, comme si de rien n’était,
sans même avoir besoin de controler les premiers tremblements qui doucement m’agitent et ce nœud…et cette chose qui m’obstrue la gorge…Après c’est plus tranquille, une petite rue à l’ombre
lorsqu’il y a du soleil avec le clochard qui est assis sur le muret et qui parfois me demande une cigarette. Je le vois, aujourd’hui comme hier il est là, fidèle au poste, petite présence qui va
me pourrir la rue. Il ne le sait pas mais je le regarde déjà. Cent mètres nous séparent et déjà je le regarde, il me préoccupe. Je n’ai pas de cigarette en main il ne devrait rien me demander
mais j’ai l’impression que je dois le saluer, je sais pertinament que je ne le ferais pas ou si doucement qu’il n’entendra même pas et que moi aussi je penserais n’avoir rien dit mais j’y pense,
je me torture l’esprit à savoir si je dois ou non lui dire bonjour, il est à cinquante mètres, je tremble un peu en marchant, j’essaye de fixer un point loin devant moi mais mes yeux dérivent
sans cesse vers le clochard, j’ai peur du moment qui arrive, de l’éventuel contact qui va s’en suivre. Alors que je passe devant lui le clochard m’adresse son bonjour, très vite, en tournant
douloureusement mon regard et tachant de sourire j’y répond par quelque chose qui s’apparente au grognement et qui se voudrait sympathique tandis que dans ma tête c’est « connard !» qui
résonne. Pourquoi m’a-t-il parlé cet abruti, ça ne lui parait pas concevable dans son esprit arriéré que je puisse vouloir me sortir sans que n’importe quel godelureau se mette à m’aborder? ;
néanmoins le clochard n’a fait que me dire bonjour mais je n’arrive pas à saisir la nuance de gentillesse dans cet acte pourtant fort louable…Toutes ces réflexions sont interrompues quelques
mètres plus loin car de nouveau mon entourage m’obsède, il faut dire que je suis de nouveau, toutes les bonnes choses ayant une fin, dans une rue très passante mais pas suffisamment pour que la
masse puisse me dissimuler aux yeux de la foule. De partout je sens les regards qui fusent vers moi et immédiatement des rictus mauvais, moqueurs qui se forment, je suis le bossu, la bête de
foire, je presse le pas, je voudrais que ça finisse vite mais je sais que j’ai encore beaucoup de chemin. J’entend des rires, merde c’est à cause de moi, oh j’ai honte, je voudrais m’enterrer,
disparaître… Suis-je vraiment différent d‘il y a un quart d’heure avec mes amis, lorsque tout allait bien et que ces gens était le cadet de mes soucis? Il était inconcevable que mon apparence
physique ait changé à ce point en si peu de temps jusqu’à faire de moi la risée de Paris, j’en restais pourtant persuadé, quelque chose s’était produit et m’avait à jamais marqué du sceau du
ridicule et du risible. Mes jambes flageolaient de plus en plus et il me semblait qu’il y avait en elles de moins en moins de force, ça commençait à faire mal et s’arquait dangereusement; je les
voyais déjà céder sous le coup de ma marche effrénée jusqu’à mon domicile qui m’offrirait pour quelques heures du moins le sentiment de la tranquillité et de la plénitude. Inévitablement
quelqu’un m’aborde, un jeune je crois, d’à peu prés vingt cinq ans, et comme de coutume c’est pour une cigarette, comme quoi l’abstinence ne préserve de rien. Pas le temps de réfléchir, pas la
présence d’esprit surtout, j’ai déjà dis oui avant de penser que j’aurais pu et du l’envoyer paître. Machinalement, je sors mon paquet et je lui en donne une l’air satisfait, en disant oui j’ai
contenté tout le monde et il va pouvoir rapidement quitter mon existence ; je n’ai guère besoin de taxeur de cigarette dans mon existence à vrai dire ; un refus ayant pu m’engager dans
des négociations déplaisantes de sa part ; il prend la cigarette d’un air encore plus satisfait puis s’en va, me regardant à peine. Il n’avait pas l’air de se
moquer ou de me trouver un air particulièrement drôle bien qu’il ait forcément vu que sa cible était une victime née…Oui, comme le clochard tout à l’heure, mon ridicule lui est t en fait apparut
en pleine figure, il a vu ou ça n’allait pas chez moi, il a bien ri sans doute en me disant bonjour afin de me mettre mal à l’aise, il l’a vu, il l’a fait exprès comme l’homme à la cigarette qui
savait très bien que je ne lui dirait pas non…Tous les deux ont vu la faiblesse incarnée en moi et en ont profité, comme tant d’autres auparavant et comme tous ces gens qui me regardent et qui
même sans sourire n’en pensent pas moins. Ca monte, ça monte, je tremble, de plus en plus je me sens faible, le nœud s’est transformé en creux, je jette sans cesse des regards sur les gens sans
oser le poser de peur de m’apercevoir qu’il se moque réellement de moi, au moins que demeure l’incertitude à cette évidence. Je pense que la maison approche, que personne ne me voit, je suis plus
qu’à deux rues, cinq minutes, j’aurais du prendre le bus même si je déteste ça le chemin aurait été plus court, mais si tout le monde me voit tout le monde se moque, je me met imperceptiblement à
courir, vite que j’arrive chez moi, qu’il n’y ait plus personne, que je fume un joint assis tout seul dans la pénombre de ma caverne. La tête me fait mal, un peu, je continue à courir, les gens
me regardent, je le sais, je m’en moque, ils me regardent bien assez quand je ne cours pas. Je suis dans ma rue, ma porte est au milieu, je sais déjà qu’il n’y a personne derrière puisque je ne
vois pas derrière mon crâne et devant…quelqu’un approche, il ne faut pas que je le croise devant ma porte, il ne doit pas me voir rentrer ; reste à savoir si je dois ralentir ou
accélérer…C’est un jeu que j’aime bien, je vais accélérer, ça va me brûler les jambes, ça va me faire mal et la douleur me donnera l’impression d’aller plus vite, je vais sentir mes jambes
s’arquer de plus belle, mes os vont s’étirer, j’aurais l’impression de grandir. J’avance en me dandinant comme un coureur de marche à pieds mais là aussi le ridicule de la chose ne m’apparaît pas
encore clairement, mon esprit au fonctionnement somme toute débile ne saisit pas qu’une façon de marcher plus lente mais normale me ferait moins de tort que cette gymnastique déplacée et
grotesque. Je tape le code, vite, je ne le connais même plus mais je sais sur quelles touches appuyer, et chaque jour c’est en le faisant que je l’apprend; j’entre puis j’avance vers l’escalier
et je reste debout, sans rien faire d’autre qu’écouter. Y’aurait il quelqu’un dans les escaliers, personne ne vient, vais-je devoir aller me cacher dans le local à poubelles afin d’éviter une
nouvelle rencontre, avec un de ces voisins qui me détestent et qui savent tout de moi et de mes tares, la probabilité que l’un deux me surprenne caché entre les ordures ne m’étant jamais apparut.
Il n’y a personne, l’immeuble semble désert mais je ne m’attarde pas, plus je reste et plus je prend le risque de croiser quelqu’un. Je gravis les escaliers, avalant les marches trois par trois
en faisant un bruit d’enfer accentué par ma respiration de mourant mais pourtant enfin content d’être tout seul avec cette douleur intense dans les jambes et dans le crâne.
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